PARADISE

MACHA PANGILINAN: PARADISE

La première exposition personnelle de Macha Pangilinan à la Galerie Ilian Rebei est l’occasion de faire dialoguer les récentes œuvres picturales de l’artiste avec des sculptures anthropomorphes, ses personnages. Elle évolue dans l’espace comme un voyage au paradis. Macha Pangilinan interroge des conceptions et des fondements philosophiques et sociologiques de notre société, se plaçant comme observatrice du monde qu’elle esquisse. Elle réalise à travers ses œuvres une analyse du concept complexe de l’éden et recrée ainsi une mythologie parallèle, une analogie entre des vérités multiples.

Macha Pangilinan est née en 1990 à Kourgane en Russie. En 2013, elle sort diplomée de l’Académie des Beaux-Arts de Moscou. Un an plus tard, elle s’installe à Paris où elle établit sa production artistique pour rejoindre en 2020 l’incubateur phare Poush Manifesto.

Elle s’émancipe de son éducation académique des Beaux-Arts où l’enseignement y était dominé par le patriarcat. Elle commence alors à expérimenter la réinvention de son langage artistique en plantant les bases de son monde. L’objectivation du corps masculin joue un rôle prédominant dans la pratique de Macha Pangilinan. En tant que femme contemporaine, c’est un besoin naturel de tenter de répondre au male gaze dans l’histoire de l’art occidentale.

Dans ses compositions, les baigneuses deviennent des baigneurs et prennent ainsi le contre-pied de cette typologie des genres. Ce sont de jeunes hommes nus qui font face aux spectateurs, autant séduisants qu’intimidants. Ces œuvres s’inscrivent dans la série «Paradise» de l’artiste, qui illustre un monde fictif, idyllique, créé à partir de l’image commune du paradis tel qu’il est représenté et conçu au sein des cultures monothéistes. Habité par des divinités et des êtres mythiques, il apaise et parallèlement, il dérange. C’est un rêve surréaliste où les personnages s’épanouissent dans un état de transformation permanent: ils naissent, disparaissent et renaissent.

Jouant avec l’imaginaire enfantin iconique des petites filles — licornes, sirènes, couleurs pastel et paillettes — Macha Pangilinan nous propose de revivre autrement ces codes de genre, imposés par la société dès l’enfance.

Macha Pangilinan c’est aussi la subtilité d’un regard croisé devenu sur la toile la trace d’un instant fécond. Les sujets semblent flotter et trouver leur existence entre un passé tout juste survenu et un futur tangible. La lumière est pensée de façon à ce qu’elle traduise une absence de temps. Une certaine quiétude s’en dégage. Les ombres portées ne sont pas appuyées, elles sont habillement dessinées: tout en légèreté, quelque peu effacées, presque invisibles. L’eau sombre est le parfait exemple de ce moment précis, de cette capture temporelle: au même titre que les protagonistes, le spectateur se retrouve submergé sous les eaux, dans une plongée effrénée et vient soudainement interpeller le regard perçant de cette sirène ondulante.



Que va-t-il advenir ? Avec ce traitement si particulier de la lumière, Macha tente d’ouvrir les champs de réflexion, de les démultiplier. Les repères physiques s’amenuisent au profit d’une harmonie irréelle, hors de tout contexte. En effet, peut-on vraiment associer les scènes de ses oeuvres à un moment de la journée? Les histoires que nous raconte Macha Pangilinan dépassent la conception-même de l’espace-temps.

Cette appréhension du réel se distingue également par un regard omniscient, un regard qui se détache de sa propre personne tout en étant partie intégrante du monde observé. C’est dans cette intersubjectivité que Macha fait communiquer les consciences de ses nombreux personnages qui résonnent en écho dans chacunes de ses toiles. Les grandes piscines, agissant comme des panoramas, dévoilent l’organisation du groupe social tandis que les sculptures et petits formats ponctuent la narration, ils permettent d’accéder à la psyché de l’individu. La synthèse des éléments agit comme un ensemble irréductible.

L’harmonie transparait également via l’équilibre constant de ses compositions. Ces dernières sont minutieusement intellectualisées selon un schéma pyramidal précis. Les diagonales viennent alors encadrer des piscines sans fond. Hérité de l’esthétisme de David Hockney, le motif de la piscine est un enjeu central dans son processus artistique. Pour Macha Pangilinan, ces bains trouvent leur pertinence dans le fait de contenir de l’eau. L’eau est un élément naturel récurrent dans ses œuvres: matière, substance, fluidité, qui peut être à la fois stable, limpide, apaisée et en même temps déchaînée et terrifiante. Ce qu’il y a de plus significatif dans la peinture de Macha, ce sont ses références aux artistes éminents de l’histoire de l’art. Elle se positionne dans le prolongement de ce passé académique et en transcende les patterns. Dans La piscine vide, œuvre picturale charnière de sa récente production, elle exploite les drapés aux plis marqués de Mantegna et par un habile réhaut à la craie, elle vient adoucir la pesanteur du tissu, lui conférant une certaine transparence et davantage de grâce à sa matérialité. Aussi, elle emprunte le thème du miroir aux nombreuses Vénus de l’Art. Cependant, en l’actualisant, le miroir ne traite plus uniquement de la vanité mais bien de la transidentité. Macha Pangilinan s’approprie ces influences afin de les déconstruire et dans un ultime temps, produire une nouvelle narration du paradis, son Paradis.

Laurie Dufeu



View of the exhibition PARADISE at Ilian Rebei Gallery 2022, Paris

View of the solo show PARADISE at Ilian Rebei Gallery 2022, Paris

The empty pool 2022

97 x 130cm acrylic, ink, pastel on canvas

The erupting pool 2022

97 x 130cm acrylic, ink, pastel on canvas

The filled pool 2022

97 x 130cm acrylic, ink, pastel on canvas

The pink pool 2022

97 x 130cm acrylic, ink, pastel on canvas

The picker 2022 100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

The point of no return 2022

100x73cm acrylic, pastel on canvas

The kiss 2022 100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

The breathe 2022 100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

The dark water 2022

100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

The mirror I 2022

100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

The mirror II 2022

100x100cm acrylic, ink, pastel on canvas

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